La Figure ( le figural ) : la forme rapportée à la sensation

Ce n'est pas dans le jeu "libre" ou dĂ©sincarnĂ© de la lumière et de la couleur (impressions ) que la sensation est , au contraire c'est dans le corps. Ce qui est peint dans le tableau, c'est le corps , non pas en tant qu'il est reprĂ©sentĂ© comme objet , mais en tant qu'il est vĂ©cu comme Ă©prouvant telle sensation  . Agir directement sur le système nerveux, lĂ  , il ni a pas de sentiments: rien que des affects ( des sensations et des instincts, une communication existentielle ) Gilles Deleuze " logique de la sensation; p.39-46

Figures

Faire apparaĂ®tre visuellement une figure multisensible par une puissance vitale qui dĂ©borde tous les domaines des sens et les traverse ." Le rythme comme puissance , plus profond que la vision ,  l'audition , etc et dans son rapport avec la sensation. " :Henri Maldiney

Kairos : l'instant qu' il faut saisir

Comme  il y a de l' espace en musique  , il y a du temps en peinture : solidaritĂ© naturelle ; au Japon ,  le " Ma " dĂ©signe l' intervalle d" espace-temps , indissociablement . Pierre Sauvanet : ElĂ©ments d' esthĂ©tique ; page 163

 " Ce qui est en train de surgir ineffable Ă©vanescent , nous traverse et nous engage Ă  saisir la pertinence de cet instant pour agir ; le temps est un aller , c'est l'irrĂ©versible  , en mĂŞme temps qu'un ailleurs jusqu' Ă  l'infini  ; L'occasion est un cas qui vient Ă  notre rencontre . Non point une coĂŻncidence fortuite , mais une occurence (apparition d'un phĂ©nomène particulier) : l'occasion s'offre Ă  la cause-de-soi qui en a bien besoin et ne sait que faire de tous ses possibles. Elle est une heureuse simultanĂ©itĂ© qui favorise nos desseins . Point d' intersection oĂą coĂŻncident les moments privilĂ©giĂ©s de deux chronologies distinctes " ( polyrythmie )  voir : Vladimir JankĂ©lĂ©vitch  "Le Je- ne- sais-quoi et le Presque-rien ;T1 :

le charme de l'instant et l' occasion , p. 113-144 .

Sérendipité

Processus d' interprĂ©tation et de dĂ©couverte selon des indices riches de potentialitĂ© , des trouvailles qu' on ne cherchait pas  .  " 

Voir le rĂ´le de la sĂ©rendipitĂ© comme disposition fondamentale dans le processus de dĂ©couverte:  l' imagination , en tant que forme de l' expĂ©rience  humaine ,  joue un rĂ´le  structurant dans l' invention . Si la sagacitĂ© est du cĂ´tĂ© de la raison  , le hasard procure un espace de libertĂ© imaginative  propice Ă  l' Ă©mergence des idĂ©es incidentes ,  ces idĂ©es non cherchĂ©es qui rĂ©vèlent le sens mĂŞme de ce que l' on dĂ©couvre  ( Horace  Walpole )                                      Cf  :     "SĂ©rendipitĂ© "Sylvie Catellin : page  17                                                                                                                        Selon Youssef Mourad  = forme de sagacitĂ© ou d' intuition -qui permet Ă  ceux qui en sont douĂ©s " de juger rapidement  d' une personne , d' une chose , ou d' une situation  , d' après des signes extĂ©rieurs ,  mais qui n' Ă©taient pourtant visibles que pour un Ĺ“il exercĂ© . ( page 35 )

Déc . 2023

Edgard Morin , La Méthode, t. 3, 1986

Le concept de sĂ©rendipitĂ© intĂ©resse Ă   plus d' un titre , la pensĂ©e complexe , par le fait qu' il met en relief le caractère crĂ©atif et gĂ©nĂ©ratif de l' alĂ©atoire , de l' Ă©vĂ©nement , de l' imprĂ©vu , de l' inattendu .On peut l' intĂ©grer  dans la catĂ©gorie des qualitĂ©s intelligentes  , comme "l' auto-hĂ©tĂ©ro-didactisme " ou " l'aptitude sherlock-holmĂ©sienne ".

Passage , alliages féconds

Atopie : un déplacement , un travail de transfert

Les processus dans la constitution de singularitĂ©s : Ă©vĂ©nement , traduction d' un " en-cours", c' est- Ă - dire une transition d'un Ă©tat vers un autre , devient un indicateur, un rĂ©vĂ©lateur selon le point de vue que l' on choisit d' explorer . La singularisation ( comme prolongement et expĂ©rimentation sur une des rĂ©gions du plan d' immanence  -contre toute transcendance -) ne se rapporte pas Ă  un idĂ©al ( comme la raison par exemple ) mais trace une ligne de devenir , " ligne de fuite " qui trouvera sa raison dans son processus mĂŞme . Catherine Mosbach   ( Architecte-paysagiste ) et Deleuze ( l' immanence , concept reliĂ© Ă  ceux de multiplicitĂ© , de devenir , ou de rhizome )

Intensité

elle « reste un mot tant que le corps n’y est pas compromis »(LS, p. 188). Deleuze a réfléchi cette relation en compagnie des stoïciens. Les stoïciens qui distinguaient le mélange physique des corps, ordre des causes, et l’ordre des effets, d’une tout autre nature, ordre du sens incorporel. Dans les corps, l’intensité s’effectue, profonde, désordonnée, sauvage. Couteau/chair/blessure.

 "Ce que je reconnais d' immĂ©diatement vivant , c' est ce que je reconnais comme chaud ./ la chaleur seule donne un sens immĂ©diat Ă  l' intensitĂ© vitale , Ă  l' intensitĂ© d' ĂŞtre . A cĂ´tĂ© de l' intensitĂ© du feu intime , combien les autres intensitĂ©s sensibles sont dĂ©tendues , inertes ,  statiques , sans destin ! Elles ne sont pas de rĂ©elles croissances . Elles ne s' activent pas  dans une flamme et dans une lumière qui symbolise la transcendance" Gaston Bachelard : la psychanalyse du feu

le corps se démesure , l' espace aussi

 " Je dĂ©finis la force comme une puissance spirituelle , immatĂ©rielle , invisible [... ] placĂ©e et infuse dans les corps qui sont par nature au repos " LĂ©onard de Vinci

 " Autant que les espaces changeants, je suis la cause de ces mĂ©tamorphoses . A projeter ses yeux sur l'Ă©tendue oĂą il repère des teintes pleines et des matières nues ou vides , le corps a dĂ©jĂ  commencĂ© de fragmenter un visible , lui-mĂŞme s' y projetant est un corps Ă©clatĂ© . Dans le passage du propre corps Ă  son double imagĂ© qu'est pour lui toute image , tout se disloque : c' est Ă  cause du vide et du plein qui s'y dĂ©placent , changent les configurations en inversent le sens . Ce sont des arrangements de teintes et de mots qui ont des effets de corps et d' espaces . S'il y a quelqu'un ici ,il est lĂ  ." Marc Le Bot : " L 'Ĺ“il du peintre " 1982/ p;156 

Qui est sujet?

Le sujet et le monde ne se constituent l' un et l' autre que dans et par leur interrelation . Ce qu' est un sujet ne se laisse dĂ©terminer que dans le contexte du monde oĂą il est placĂ© et auquel il se rapporte ; en ce sens , le rapport Ă  soi et le rapport au monde sont insĂ©parables l' un de l' autre "                                          Harmut Rosa : RĂ©sonance

" Nous ne possĂ©dons notre corps comme un dedans nĂ´tre qu'Ă  partir d' un dehors sur lequel nous avons prise . Nous sommes de l' un Ă  l' autre cette capacitĂ© de transition (sĂ©paration et union au mĂŞme lieu ) .       L 'indĂ©pendance ne peut venir que d'un moi capable de la double tension rĂ©ciproque ici ->  <-lĂ  ( comme je et tu ) qui constitue  le premier cycle de la prĂ©sence comme prĂ©sence Ă   : autour , en vue , en Ă©change . Henri Maldiney : art et autisme -1980

Les questions portant sur l' expĂ©rience esthĂ©tique pourront ouvrir sans ambiguĂŻtĂ© sur une thĂ©orie de la subjectivitĂ© non objectivante , seule rendue possible par l' Ă©vĂ©nement que traduit le phĂ©nomène saturĂ© ; Ă  savoir que la subjectivitĂ© n' a pas d' abord  pour fonction de constituer des objets mais de rĂ©pondre Ă  des Ă©vĂ©nements ; la donation d' un phĂ©nomène Ă  travers la manifestation de l' Ă©vĂ©nement provoque la reconfiguration du monde-sujet . Irruption, nouveautĂ© --> crise -->nous transforme , nous innove .

Mais , il n'y a irruption d' un Ă©vĂ©nement que si un sujet est capable de le vivre ; c' est-Ă -dire un " je" prĂ©parĂ© pour son arrivĂ©e .Et Ă  travers cette arrivĂ©e surprenante qui nous affecte , nous pensons le sujet selon sa capacitĂ© Ă  recevoir l' Ă©vĂ©nement et de se constituer par sa venue .                                                               Alain Bonfand : L' expĂ©rience esthĂ©tique Ă  l' Ă©preuve de la phĂ©nomĂ©nologie

Ce qui caractĂ©rise le sujet , c' est qu' il est sĂ©parĂ© de son soi ou de son ĂŞtre , c' est-Ă -dire de la surpuissance : ĂŞtre un sujet c' est ne pas ĂŞtre le monde en sorte que  dĂ©sirer signifie Ă  la fois dĂ©sirer coĂŻncider avec la surpuissance et dĂ©sirer ĂŞtre soi  . CrĂ©er est une manière pour l' artiste non pas d' extĂ©rioriser le monde qu' il enferme , mais de se rĂ©aliser , de rejoindre le monde d' oĂą il provient .       Charles Bobant : L' art et le monde

 

 

Le fragment

 " La question du fragment appelle celle de  l'Ă©nigme : c' est parce que le rĂ©el est fragmentaire que naĂ®t la volontĂ© de l' interprĂ©ter . le fragment en lui-mĂŞme est une dĂ©fection de cohĂ©rence , il est donc tentateur puisqu' il transforme en dĂ©sirable ce qu' il cache. la logique inflationniste du fragment ne fait que juxtaposer sans dialoguer ou affronter , cette juxtaposition n' interrompt pas le temps, mais elle installe  l' Ă©nigme gĂ©nĂ©ralisĂ©e ( donc l' incertitude  et le dĂ©sarroi )  "                                                                                                Jean Romain : Le temps de la dĂ©raison ; page 80

L' exercice formatif du jugement

" Est culturelle  la conscience qui va plonger le plus loin possible dans le passĂ© , c'est-Ă -dire la conscience qui se sait hĂ©ritière de tout un monde disparu mais pourtant nullement dĂ©passĂ© . Ce n'est qu' en intĂ©grant le passĂ© qu' il est possible de faire jouer le  " principe de culture " (...) oĂą l'intelligence prend le risque de rompre avec sa propre immĂ©diatetĂ© . . Le processus de l' expĂ©rience , capable de mettre dans ce qui est arrivĂ© Ă  l' universel  concret  , un contenu colorĂ© de plaisir ou de peine : ce qui apporte Ă  l' intuition une base et une force "  Jean Romain : La dĂ©rive Ă©motionnelle   page 124-125

" Bien lire, c' est ĂŞtre lu    par ce que nous lisons" Georges  Steiner

 

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